Episode 4: dernier épisode ( part 2)

‘’Fatema’’ ne saisit pas ce que son grand-père voulait dire et continua son jeu avec les filles… Trois jours plus tard elle comprit ce qui se passait quand il surprit sa tante en train de parler avec son père : ‘’Au nom du Dieu père, comment avez-vous pu le faire ? Ce n’est pas une vache que tu troques avec une autre... Elles sont deux femmes… ou plus précisément une fille avec une vieille femme... ‘’Fatema’’ avec la veille ‘’Zahra’’, la vielle demoiselle qu’aucun des jeunes ne voulait à cause de son père radin... ça ne se fait pas mon père, ni Dieu ni son prophète n’acceptent ce que vous allez faire.’’ ‘’ Ingrate fille, je croyais que tu seras heureuse pour ton père, ce pauvre père qui veut avoir une vieillesse tranquille avec une femme pour le servir... Repose en paix ô ma chère, je suis sûr que si ta mère était encore parmi nous elle bénira ce mariage… Qu’ai-je fais pour que Dieu me maudit ? Est-ce parce que j’applique sa sainte loi ? Je me marie une deuxième fois et je marie ma petite fille avant de quitter cette vie pour qu’elle ait une vie heureuse.’’ ‘’Oui c’est ca heureuse, heureuse avec un homme qui a assisté à l’accouchement de sa mère et que ses enfants sont devenus de grands-parents… Je sais bien que vous feriez ce qui vous semble bon et mes mots sont du vent face à une roche mais, je dois ca à ma mère, à ma sœur et ma nièce. .. Je n’assisterai pas à ce mariage et jamais je n’accepterai ce troc que vous avez osé conclure.’’ Sur ces mots elle se redressa, porta son haïk blanc et repartit sous le même soleil brulant qui a assisté à cette discussion Avant de sortir, elle embrassa sa nièce et la regarda avec pitié et impéritie. ‘’Ma porte sera toujours ouverte pour toi ma chère Fatema.’’ Ses yeux se remplirent de larmes et serra la petite fille pour disparaitre. Sa tante vivait loin d’ici... Là-bas derrière les montagnes brulées, derrière les palmiers secs.

La jeune fille comprit alors ce qui se passait derrière elle… Demain elle sera mariée, donnée comme une dot pour une autre mariée… Sa grand-mère disait toujours que la vie est une balance mais quelle balance acceptera d’égaler une femme avec une fille, est-ce par ce qu’elles sont toutes les deux femelles que la balance les a égalées ou bien parce qu’elles sont sous la protection de deux hommes qui cherchaient du profit de deux âmes, une qui n’a même pas eu sa première menstruation et l’autre qui vient de la perdre ?

Elle ne comprenait que peu… Les femmes se réunirent dans sa maison, apportèrent les herbes vertes et les parfums purs, les jeunes de son âge portèrent l’eau et leurs yeux portaient l’envi. Dans une chambre isolée, deux vieilles femmes la déshabillèrent, prirent les pâtes d’herbes odorantes et la henné pour laver son petit corps dont la puberté n’a pas encore visité… ‘’ Mets du henné, ô bienheureuse, mets du henné et Dieu te bénira Mets du henné mélangée dans un bol en cuivre et le malheur ne te visitera jamais Mets du henné ô jeune mariée, mets du henné et ton époux restera à tes côtés ô jeune fille, ô jeune mariée tu es aimée et bénite par tous les Saints de Regragua’’ Elle ne savait pas si les femmes chantaient ou bien se lamentaient, leurs voix rauques, leurs visages taillés par les temps et la vie, ses habits blanches, le safran mélangé avec l’herbe du paradis, les chants tristes… Tout lui rappelait la mort de sa grand-mère, de sa mère et du récit de mort de son père. Dans sa petite tête de fille, elle essayait de dresser un portrait de son père et de sa mère mais seule l’image du vieux jaillit... Elle avait le sentiment que sa vie s’est terminée avant même de commencer. ‘’ ô féconde comme un palmier, bénite sera ta descendance ô belle comme un arganier, heureux est celui qui t’as pris Bénit soit ton voyage dans la vie’’ Cette voix était familière, ce chant ancestral ne peut sortir que d’une gorge aiguisée et veille… ‘’Touda’’ l’herboriste du village, la magicienne de la contrée, la vieille de la montagne Sa silhouette petite et mince lui rappela une ancienne saison de récolte quand sa grand-mère marchait encore entre les vivants quand ‘’Touda’’ les a visitées dans le champ pour de la charité… ‘’Tu n'es pas un Arganier qui mourra s’il quitte son lieu mais tu es le pollen du palmier, il te faut du vent pour voler loin d’ici... Les saints te protègent et ta volonté sera faite si tu crées ton propre chemin fille du désert.’’ Elle avait cinq ans ou plus ce temps-là et sa grand-mère ne lui a rien dit sauf de faire attention de cette vieille mais maintenant et maintenant seulement que ses mots illuminèrent son chemin et a finalement sourit… Un sourire fade, un sourire de peur, de force et de décision. Accompagnée par les chants et le son des bendirs, un de ses oncles lui fait monter sur un cheval et couvre son visage avant de mettre le basilic sur son front et le poignard d’argent sur son côté droit. ‘’ ô basilic planté à Taroudant Tes graines sont partout’’ Des bijoux d’argent lourds, une route longue rocailleuses et un cheval vieux usé par le temps et la famine… Tel était son destin et personne pour le pleurer. ‘’ Ne pleure pas ô bienheureuse et sèche tes larmes Tes frères et cousins sont avec toi La bénédiction des Saints te suit L’amour de tes parents te protège’’ Il se tenait debout sur la terrasse, habillé en blanc et souriant… Différentes étaient les métamorphoses du dieu de la mort, cette fois il est venu sous la forme d’un marié ‘’ ô notre gendre, ô fils des généreux fait pleuvoir des amandes sur tes invités envoie tes esclaves avec des coffres de bijoux’’ Elle était proche, proche de sa fin, elle ne savait quoi faire, elle invoqua l’âme sa mère et la sagesse de sa grand-mère… Ses ancêtres ont soufflé du courage dans son cœur, elles se vengeaient du dieu de la mort… elles insufflaient leurs vies dans l’âme de leurs filles. ‘’ Entre, entre ô heureuse à ta demeure Pose ton pied droit et le bonheur chez toi séjournera’’ Un étranger l’aide à descendre et avant même que les vielles viennent terminer leur mission, il chuchota dans son oreille : ‘’ ta tante te dit de la rejoindre à la maison des Chorafa avant l’aube.’’ Ses ancêtres ont exaucé sa prière et la délivrance est venue. Elle peut sourire maintenant aux vieilles qui la libère de ses ornements et ses habits chargés pour la laisser avec un seul caftan. Elle n’attendit même pas une minute, dès que la vieille a quitté la chambre, elle sauta de la fenêtre et courut… Les loups commençaient à hurler, les hiboux à hululer et les créatures de la nuit sortaient de leurs cachettes mais rien ne pouvait la stopper.. Elle était si jeune et ne comprenait pas grands choses dans la vie mais elle n’arrivait pas à accepter ce mariage malgré les arguments de son grand-père. Après minuit, elle arrivait finalement à voir la maison des Chorafas, elle arrivait finalement à voir son avenir dans cette ancienne demeure bâtie sur la colline…

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