Circé

Pour ceux qui sont familiers avec la mythologie grecque, ils connaitront que ce nom est déjà cité dans l’épopée d’Homère ‘’L’Odyssée’’ qui raconte les voyages d’Ulysse. Elle est présentée comme fille d’Hélios, titan du soleil, elle vit dans une ile avec des nymphes. Magicienne douée en matière de Métamorphoses, elle transformait les hommes en porcins. Le poète chante dans son épopée ses amours avec Ulysse et comment elle l’a aidé et jusqu’ici son rôle se termine. Les autres poètes ou même les philosophes ne l’invoquent que comme magicienne. Madeline Miler a pu voir dans cette nymphe immortelle et sorcière redoutée ce que les anciens n’ont pas vu. Ainsi tout au long de cinq cent cinquante pages, divisée en deux parties, on suit la vie de Circé racontée par elle-même avec sa voix ‘’trop’’ humaine. Un roman de confessions, de réflexions philosophiques d’une Immortelle ignorée par ses parents et humiliée par ces semblables à cause de son caractère simple et de l’absence des dons divins qu’elle devait avoir une nymphe de son rang. Circé nous fait plonger dans l’univers des Dieux et nous rappelle la vie des héros qu’elle a rencontrés. La scène du châtiment de Prométhée était un passage important dans sa vie et une des scènes qui l’ont marquée durant sa vie éternelle. Son amour pour les mortelles était que moqué et ne l’a fait que répugné mais elle ne cessa d’admirer ces ‘’sacs de chair avariés et féroces’’ comme sa mère les qualifiait. Les évènements se succèdent dans un enchainement plus ou moins long dans sa vie éternelle vécue au milieu du palais de son père mais renfermée sur elle. Ses frères créèrent leurs vies et dessinèrent leurs chemins tandis qu’elle restait dans une stagnation livrée à sa solitude et ses pensées infernales jusqu’à ce qu’un pêcheur mortel apparaisse dans sa vie et c’était le commencement d’une série de malheurs. Son exil était le summum des ces malheurs, mais, en même temps, c’était le début d’une apothéose spéciale, ‘’une apothéose humaine’’. Dans cette ile, elle a su se libérer, se développer et prospérer. Médée l’a visitée, Dédale lui a offert un cadeau, Hermès l’a côtoyée… Sa vie a connu beaucoup de changement entre Dieux et mortelles le fil de sa vie longue se dissipait lentement jusqu’à ce qu’elle rencontre Ulysse. Un amour qui dura un an et qu’elle porta son fruit après le départ du héros : Télégonos. Il était le début d’une autre vie…

On a tous rêvé d’être immortel, de ne plus craindre Thanatos et vivre éternellement sur terre mais est-ce les immortels sont heureux ?

Dans son roman on découvre ce que veut dire être immortel, de voir toute chose que tu as aimé te quitter, de vivre dans une longue solitude, de rester figé dans le temps, de connaitre la fin avant même du commencement. Circé ici est une déesse, mais avant tout une femme. Une femme indépendante qui nous montre que la persévérance et la diligence sont la clé pour atteindre ce qu’on veut, elle nous montre que la vie est faite de sacrifices, que ni l’amour ni la haine sont éternelles, même la souffrance a une fin, que la cruauté est nécessaire, que les lamentations libèrent, qu’il faut ‘’démolir pour mieux construire.’’

Sans parler de l’enchainement parfait du récit écrit par une plume fine qui nous régale en matière poétique et esthétique. Une langue soignée digne d’une déesse qui raconte sa vie et nous permet de revisiter le monde mythique grecque.

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